Photo d'un Hamster d'Europe par © Johannes S.


Le hamster d’Europe : une disparition silencieuse dans nos campagnes

 

Le hamster d’Europe, Cricetus cricetus, est un petit mammifère qui occupait encore largement les champs de céréales au XXe siècle. Aujourd’hui, il est devenu si rare dans certaines régions qu’il est désormais classé en danger critique d’extinction [UICN, 2020].

Mais comment un animal autrefois considéré comme nuisible, parfois même chassé pour protéger les cultures, a-t-il pu décliner à ce point en seulement quelques décennies ? Cette disparition rapide n’a rien d’anecdotique. Elle reflète une transformation profonde de nos paysages agricoles et de nos modes de production [Tissier, 2017]

Comprendre ce déclin, c’est donc aller au-delà du simple destin d’une espèce. C’est interroger les équilibres fragiles qui lient agriculture, biodiversité et activités humaines … et, plus largement, la place que nous laissons encore au vivant dans des environnements de plus en plus anthropisés. 

Photo de l'arrière plan : Observation © Johannes S

Dessin observation Hamster d'Europe par Julien Nowak

Qui est le hamster d’Europe ?

Le hamster d’Europe, Cricetus cricetus, est le plus grand représentant des hamsters vivant à l’état sauvage. Il mesure en moyenne environ 25 cm pour un poids moyen de 360 g, auxquels s’ajoute une courte queue. Il se reconnaît facilement à son pelage contrasté : brun-roux sur le dos, noir sur le ventre, avec des taches blanches caractéristiques sur les flancs et la tête.

C’est également la seule espèce de hamster réellement présente en Europe occidentale. Les autres espèces du groupe des hamsters vivent principalement dans des régions plus orientales, en Eurasie et en Asie centrale. On peut par exemple citer le hamster du Daghestan (Mesocricetus raddei) ou encore le hamster de Brandt (Mesocricetus brandti) [Weinhold, 2008].

Il ne faut pas non plus le confondre avec les hamsters domestiques que l’on trouve en animalerie, comme le hamster doré (Mesocricetus auratus) ou le hamster russe (Phodopus sungorus). Ces espèces ont été sélectionnées et élevées en captivité, et présentent des comportements ainsi que des tailles bien différentes de leur cousin sauvage. Le hamster d’Europe, lui, reste strictement sauvage, adapté à la vie dans les grandes plaines agricoles. 

hamster de Brandt (Mesocricetus brandti)
Photo © Епись — Travail personnel

Hamster doré (Mesocricetus auratus)   
Photo © Sqrt (Andreas Hein) — Travail personnel 

Hamster russe  (Phodopus sungorus
Observation © Svyatoslav Knyazev

Carte montrant l'aire de répartition du Hamster d'Europe

Son aire de répartition historique s’étendait autrefois de l’Europe de l’Ouest jusqu’aux steppes d’Eurasie centrale. Aujourd’hui, en Europe occidentale, il ne subsiste plus que dans quelques noyaux isolés (cf carte de répartition  - Hexasoft), notamment en Alsace ou en Belgique, où certaines conditions de sol et de cultures céréalières permettent encore sa présence [Mitchell-Jones et al., 1999]. 

 

Le hamster d’Europe est largement adapté à la vie souterraine. Il passe la journée dans son terrier et n’en sort qu’à la tombée de la nuit pour s’alimenter et se déplacer. Il fréquente principalement des sols profonds et meubles, qui sont parfaits pour creuser des galeries. Si ses ancêtres occupaient surtout des milieux très ouverts comme les prairies ou les steppes, l’espèce s’est progressivement maintenue dans les zones cultivées, notamment les champs de céréales, qui lui offrent à la fois nourriture et abris. 

Son alimentation est opportuniste et omnivore. Il consomme surtout des végétaux (graines, racines, jeunes pousses), mais peut aussi se nourrir d’invertébrés voire de petits vertébrés lorsque l’occasion se présente. 

Hamster d'Europe sortant de son terrier

Son rythme de vie est étroitement lié aux saisons. À l’approche de l’hiver, il entre dans une phase d’hibernation durant laquelle son métabolisme ralentit considérablement, réduisant ses besoins énergétiques au minimum [Siutz et Millesi, 2012].

Cette période est précédée d’une phase de préparation intense, où le hamster constitue des réserves alimentaires dans des chambres spécifiques de son terrier. Ces stocks, principalement composés de graines et de matières végétales, lui permettent de faire face aux périodes de faible activité ou aux réveils intermittents durant l’hiver [Nechay, 2000].

Et le terrier, parlons-en ! son mode de vie est étroitement lié à un système souterrain particulièrement élaboré. Le hamster d’Europe creuse un terrier pouvant s’étendre sur plusieurs mètres et organisé en différentes zones : circulation, repos et stockage.

Ce réseau de galeries, régulièrement entretenu et adapté au fil du temps, lui offre à la fois protection contre les prédateurs et stabilité thermique, notamment durant l’hibernation [Nechay, 2000].

photo  CC-BY-NC Dmitry Shtol

Le déclin du hamster d’Europe : causes et situation actuelle 

 

Le hamster d’Europe a longtemps été considéré comme une espèce commune des paysages agricoles européens voire même nuisible. Pourtant, au cours du XXe siècle, ses populations ont connu un déclin marqué et continu dans une grande partie de son aire de répartition.

Ce recul est particulièrement visible en Europe occidentale, où l’espèce a disparu de nombreux territoires. En France, il ne subsiste plus aujourd’hui que quelques populations relictuelles, principalement en Alsace [UICN, 2020].

Ce déclin s’est accéléré à partir de la seconde moitié du XXe siècle, en lien avec les transformations profondes des pratiques agricoles. L’intensification des cultures, la simplification des paysages et la disparition de certaines rotations culturales ont progressivement réduit la diversité des ressources disponibles pour l’espèce [Tissier, 2017].

Par exemple, les champs de maïs ne conviennent pas au maintient du hamster d'Europe dans l'environnement. Or
 dans certaines régions, les monocultures de maïs peuvent couvrir jusqu’à 80 % des surfaces agricoles ! [Tissier et al., 2016]

La fragmentation des habitats joue également un rôle important. Les populations restantes se retrouvent isolées les unes des autres, ce qui limite les échanges génétiques et fragilise leur viabilité à long terme. À cela s’ajoute une mortalité accrue liée aux activités agricoles modernes, notamment lors des périodes de travail des sols.

Aujourd’hui, le hamster d’Europe est classé en danger critique d’extinction dans plusieurs pays d’Europe occidentale, ce qui en fait l’un des mammifères les plus menacés du continent [UICN, 2020].

photo  CC-BY-NC Dmitry Shto


Peut-on encore agir ?

Face au déclin du hamster d’Europe, plusieurs actions de conservation ont été mises en place en Europe, combinant protection des habitats, suivi des populations et programmes de réintroduction.

En France, ces actions impliquent différents acteurs scientifiques, institutionnels et associatifs, engagés dans la préservation de l’espèce et de ses milieux. Parmi ces acteurs, l’association Sauvegarde Faune Sauvage occupe une place importante dans les actions menées en faveur du Grand Hamster d’Alsace.


Hamster d'Europe Światopelk Smoczyński

 

Sauvegarde Faune Sauvage est avant tout l’œuvre d’un passionné, Jean-Paul Burget, son Président, qui l’a créée en 1993 afin de faire déclarer le Grand Hamster d’Alsace (Cricetus cricetus) comme espèce protégée par le gouvernement français. En 1995, un comité de pilotage est créé sous la responsabilité du préfet du Bas-Rhin. En 1998, le projet de parc hamster au Zoo de Mulhouse par Sauvegarde Faune Sauvage prend forme et aboutit en 2000. Aujourd’hui, l’association possède le plus grand élevage conservatoire de Grands Hamsters de France, avec pas moins de 700 individus, et en relâche environ 500 chaque année. 

Photo de l'arrière plan  CC-BY-NC © Światopelk Smoczyński

Au-delà de son combat pour cette espèce, Sauvegarde Faune Sauvage exerce plusieurs missions : 

  • Connaître les espèces, leur biologie, leur habitat et leur statut de conservation pour les protéger au mieux. 
  • Informer le public pour qu’il puisse prendre part à la protection de ces espèces et de la nature qui l’entoure. 
  • S’informer aussi des projets qui pourraient mettre en péril la survie d’une espèce. 
  • Protéger notre patrimoine naturel et sa biodiversité. 


Photo de l'arrière plan : © Christoph Moning

 

Bien plus qu’un simple élevage conservatoire, Sauvegarde Faune Sauvage œuvre sur tous les fronts : centre de soins, acquisition de vergers et création de prairies fleuries, pose de nichoirs, suivi des populations, sensibilisation, lutte anti-braconnage et anti-corruption en France et en Afrique (partenariat avec la Direction Générale de la Garde Forestière et Faunique du Tchad), etc. 

Photo de l'arrière plan  CC-BY-NC © Światopelk Smoczyński