La cicindèle champêtre
Introduction
La cicindèle champêtre (Cicindela campestris) est un coléoptère remarquable de la famille des Carabidae et de la sous-famille des Cicindelinae. En anglais, les cicindèles sont surnommés "Tiger beetle", celà fait référence à leur comportement de chasse très actif [Pearson, D. L., 1988]. La cicindèle champêtre n'y faisant pas exception dans sa méthode de chasse. Il s'agit d'une espèce emblématique des habitats ouverts et secs, qui attire l’attention par ses couleurs et sa vivacité. Larves et adultes sont des prédateurs voraces d’invertébrés [Lövei & Sunderland, 1996]. L'espèce est par ailleurs très sensible aux perturbations de son habitat, elle est souvent considérée comme un bioindicateur fiable de la qualité des milieux ouverts naturels ou semi-naturels [Jaskuła R, Płóciennik M, Schwerk A. 2019], [Kotze et al., 2011], [Machava J. et al, 2016] . Son observation est particulièrement prisée des entomologistes amateurs et professionnels, notamment au printemps, saison où les adultes sont les plus actifs. (photo : Frank Vassen modifié)
Critères de détermination
L’identification de la cicindèle champêtre repose sur une combinaison de différents caractères morphologiques. L’adulte est de taille moyenne et mesure entre douze et quinze millimètres. La couleur dominante est généralement un vert métallique éclatant, mais il existe de nombreux morphes aux couleurs et aux nuances variés [Dejean, 1825], [Gené, 1836], [Thiele, 1977] . Cette iridescence est produite non par des pigments, mais par des structures microscopiques de la cuticule qui diffractent la lumière [Pearson & Vogler, 2001], [Fraval A, 2018]. Les élytres portent des motifs jaunâtres à blanchâtres, sous forme de bandes et de taches irrégulières qui forment un dessin typique de l’espèce [Turin et al., 2003]. Ces marques permettent souvent une identification fiable, même en mouvement. La tête est large, avec des yeux proéminents qui offrent à l’insecte un champ visuel étendu, essentiel pour la chasse à vue. Les mandibules sont puissantes et acérées, bien adaptées à la capture et à la découpe des proies. Les longues pattes fines, quant à elles, permettent à l’animal de courir à grande vitesse [Linnaeus C, 1758].
Il existe un léger dimorphisme sexuel. Les femelles peuvent être distinguées des mâles par la présence de deux points noirs.
La cicindèle champêtre présente une multitude de morphes se distinguant par leurs couleurs et ou les motifs présents sur leurs élytres. L'illustration ci-dessus présente une sélection de phénotypes observées en Europe et référencés sur l'application INaturalist.
Cycle de vie
Le cycle de vie de Cicindela campestris suit une métamorphose complète (œuf, larve, nymphe et adulte). Après l’accouplement au printemps, les femelles pondent leurs œufs individuellement dans un sol meuble bien exposé, souvent de nature sablonneuse ou limoneuse [Pearson & Vogler, 2001]. Les larves qui en émergent creusent un terrier vertical, où elles se postent à l’entrée, attendant qu’une proie passe à proximité. Elles utilisent leurs mandibules pour capturer les proies et les entraîner dans leur galerie souterraine [Thiele, 1977]. Le développement larvaire comprend trois stades successifs, séparés par des mues, qui peuvent s’étendre sur plusieurs mois, voire plus d’un an selon les conditions climatiques [Pearson & Vogler, 2001]. La transformation en nymphe s’effectue au fond du terrier, où l’individu se métamorphose en adulte. L’émergence survient au printemps, généralement entre mars et juin, en fonction de la latitude et des températures. Chez certaines populations, les adultes peuvent hiverner ou entrer en estivage, prolongeant ainsi le cycle de vie à deux ans (Lorenz, 2005).
Photo accouplement : Svdmolen
Biologie et écologie
Cicindela campestris est un prédateur strictement carnivore, se nourrissant exclusivement d’invertébrés, aussi bien à l’état larvaire qu’adulte [Lövei & Sunderland, 1996]. Les adultes chassent à vue sur le sol, repérant leur proie à distance grâce à leurs grands yeux, puis l’attrapant par une course rapide [Pearson, 1988]. Les proies sont principalement de petits insectes tels que les fourmis, mouches, coléoptères ou larves variées, mais elles peuvent s’attaquer exceptionnellement à des insectes beaucoup plus gros. L’espèce est thermophile et est très active par temps ensoleillé. Du fait, elle présente une nette préférence pour les habitats ouverts et secs. On la trouve dans des prairies maigres, des landes sablonneuses, des pelouses calcaires, ainsi que dans les friches rudérales et les bords de chemins forestiers ensoleillés. La qualité du sol est un paramètre déterminant [Kotze et al., 2011], puisqu’il doit permettre aux larves de creuser un terrier profond, stable et bien exposé à la chaleur. En termes d’écologie, la cicindèle champêtre joue un rôle significatif dans la régulation des populations d’insectes et contribue à l’équilibre trophique des écosystèmes xériques.
En tant qu'espèce indicatrice [Kotze et al., 2011], la baisse des effectifs d’une population peut signaler une dégradation des conditions écologiques, notamment en cas de pollution [Machava J. et al, 2016] ou de perte de connectivité entre habitats (Lövei & Sunderland, 1996). Photo : Charlie Jackson
Répartition et habitat
Cicindela campestris possède une large aire de répartition couvrant la quasi-totalité du continent européen, depuis le sud de la Scandinavie jusqu’aux zones méditerranéennes, et de l’Atlantique jusqu’à l’Asie occidentale. Elle est absente des régions à climat froid extrême et peu représentée dans les zones densément boisées ou humides [MNHN & OFB. 2003-2025]. En France, l’espèce est présente sur l’ensemble du territoire métropolitain, y compris dans les zones de moyenne montagne, à condition que les conditions d’ensoleillement et de texture du sol soient favorables. Elle est fréquente dans les sols siliceux et calcaires bien drainés, et particulièrement abondante dans les zones rurales peu urbanisées. Sa répartition est donc étroitement liée à la présence d’habitats ouverts, secs et peu perturbés. L’extension de son aire de répartition est aujourd’hui menacée par l’artificialisation des sols, la fermeture des milieux par embroussaillement et le développement agricole intensif.
Sa surveillance est recommandée dans plusieurs programmes de suivi de la biodiversité [Machava, J et al. 2016], [Jaskuła R, Płóciennik M, Schwerk A. 2019].
Cicindela campestris ssp. nigrita par guilab06
La sous espèce ssp. nigrita arbore habituellement une couleur noire aux tâches blances. Là encore, il existe de la variation phénotypique [Dejean, 1825].
Confusion possibles
Selon les localités où elle est présente et la variation phénotypique existante chez ces coléoptères, C. campestris peut être confondue avec de nombreuses autres espèces de cicindèles. Du même genre (Cicindela marroccana, Cicindela gallica, C.hybrida et C.sylvicola) voire de genres différents (Lophyra sp., Calomera sp. Cilinder sp.).
Bibliographie
Dejean, P. 1825. Species general des coléoptères de la collection de M. le Comte Dejean. Tome premier. Paris, Crevot. xxx+463 pp. [https://biodiversitylibrary.org/page/1988310]
Fraval A. Couleurs d’insectes. Insectes n°188, 2018(1), p15-21. En ligne à https://www.insectes.xyz/pdf/i188-fraval1.pdf
Gené, G. De quibusdam insectis Sardiniae novis aut minus cognitis. -. Memorie della Reale Accademia delle Scienze di Torino, 39: 161-199. (Torino). (1836).
Jaskuła R, Płóciennik M, Schwerk A. 2019. From climate zone to microhabitat—environmental factors affecting the coastal distribution of tiger beetles (Coleoptera: Cicindelidae) in the south-eastern European biodiversity hotspot. PeerJ 7:e6676 https://doi.org/10.7717/peerj.6676
Kotze, D. J., Brandmayr, P., Casale, A., et al. (2011). Ground beetles (Coleoptera, Carabidae) as bioindicators. ZooKeys, 100, 385–402. DOI: 10.1023/A:1022412617568
Linnaeus, C. 1758. Systema naturæ per regna tria naturæ, secundum classes, ordines, genera, species, cum characteribus, differentiis, synonymis, locis. Editio decima, reformata. Holmiæ. (Salvius). Tomus I: 1-824. [http://www.biodiversitylibrary.org/item/10277]
Lorenz, W. (2005). Systematic List of Extant Ground Beetles of the World. Second Edition. ISBN : 9783933896063
Lövei, G. L., & Sunderland, K. D. (1996). Ecology and behavior of ground beetles. Annual Review of Entomology, 41, 231–256. https://doi.org/10.1146/annurev.en.41.010196.001311
Machava, J., Timko, Ľ., Šustek, Z., & Bublinec, E. (2016). State of Carabid assemblages in forest ecosystem previously affected by high levels of heavy metals Cu and Pb. Folia Oecologica, 43(2), 208-212.
MNHN & OFB [Ed]. 2003-2025. Fiche de Cicindela campestris Linnaeus, 1758. Inventaire national du patrimoine naturel (INPN). Site web : https://inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/8321.
Pearson, D. L. (1988). Biology of tiger beetles. Annual Review of Entomology, 33, 123–147. https://doi.org/10.1146/annurev.en.33.010188.001011
Pearson, D. L. & Vogler, A. P. (2001): Tiger Beetles. The Evolution, Ecology, and Diversity of the Cicindelids. Comstock Publishing Associates. A Division of Cornell University Press. Ithaca and London. 333pp. ISBN 0-8014-3882-9. https://doi.org/10.1002/mmnz.20040800126
Thiele, H. U. (1977). Carabid Beetles in Their Environments: A Study on Habitat Selection by Adaptations in Physiology and Behaviour. Springer-Verlag. ISBN : 978-3-642-81154-8
Turin, H., Penev, L., & Casale, A. (2003). The genus Cicindela in Europe: a taxonomic review. Fauna Europaea Project. ISBN: 978-954-642-331-3